Discours d’Alain Merly sur le budget primitif 2014

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Nous avons bien écouté votre longue plaidoirie. Je crains, hélas, que nous nous engagions encore dans un débat sans espoir de convergence, tellement votre argumentaire se fond dans l’apologie gouvernementale. C’est d’ailleurs un risque que vous prenez que celui de défendre l’indéfendable, et soutenir sans nuance un pouvoir à la dérive.

Le Lot-et-Garonne n’a pas cette culture de l’obéissance aveugle. Nous avons connu des exécutifs plus indépendants des politiques parisiens. Ceux-là étaient libres et portaient d’abord les valeurs de leurs territoires avant celles de leurs partis.

Car à vrai dire, les observations que nous pouvons formuler quant à votre approche de la gouvernance tiennent en grande partie à ces vieux démons idéologiques qui vous absorbent, vous engloutissent même jusqu’à vous voir abandonner sans réaction ce bon sens paysan qui est souvent le meilleur des guides.

Malgré les échecs des politiques portées par la gauche. Malgré le camouflet récemment infligé par l’Europe au gouvernement, vous persistez dans votre aveuglement partisan : vous vous mentez avant que de mentir aux Lot-et-Garonnais !

Alors, Monsieur le Président, vous reconnaissez-vous dans toutes ces promesses non tenues, dans ces changements permanents de caps politiques, dans ces reniements des engagements ? Croyez-vous encore à la fable du « Président normal », et pouvez-vous comprendre que les Français se sentent méprisés dans un tel climat ?

Où sont les grands débats citoyens qui devaient précéder les changements de notre société ? Alors que vous avez été incapable de mener une simple concertation sur le redécoupage de nos cantons. Quelle appréciation portez-vous sur la politique budgétaire du gouvernement, qui nous conduit aujourd’hui à une mise sous surveillance renforcée de la Commission européenne ?

Les difficultés de notre pays sont une réalité que ne parviennent pas à cacher les contorsions médiatiques du gouvernement que vous défendez avec zèle. Le cynisme dont font preuve ceux qui nous gouvernent interpelle les plus indulgents, et radicalise les plus tolérants.

Travestir la réalité, répéter inlassablement, que les choses vont bientôt s’améliorer. Miser sur une relance de l’économie européenne pour pouvoir communiquer encore sur l’efficacité et le bien fondé des politiques nationales : voilà votre programme pour sauver la face. Mais vous le savez, les faits sont têtus, et je ne pense pas qu’ils évoluent au gré d’incantations devenues dérisoires, aussi bien mises en scène soient-elles.

Chômage, impôts, retraites, déficits publics, autant de mensonges, qui se doublent d’un mépris à peine voilé pour tous ceux qui ont eu la naïveté de croire ce catalogue de bonnes intentions.

J’ai appris récemment que les socialistes de la rue de Solferino avaient trouvé un surnom pertinent à celui qui est aujourd’hui le président des Français : ils l’appelaient « le boulanger », non parce qu’il était un amateur de viennoiseries, mais pour sa capacité à rouler les gens dans la farine. Une question me vient à l’esprit : seriez-vous, Monsieur le Président du Conseil général, le mitron attentif de ce boulanger-là ? Vous qui n’hésitez pas non plus à vous engouffrer dans cet art subtil que les Moncrabelais appellent la « menterie ».

Jean-François Deniau  était un homme d’action, lui qui écrivait que « la responsabilité, c’est être capable d’apporter des réponses. »

Force est de constater que les enjeux économiques et sociaux auxquels fait face notre département semblent vous échapper.

Seule votre auto-promotion mobilise votre énergie.

Comme vos amis du gouvernement, vous vous réfugiez dans l’incantation, quand la situation de notre département, comme celle de notre pays, exige des engagements forts.

Devenus experts dans l’art du camouflage, vous maintenez votre stratégie de l’esquive et de la communication.

Vous promettiez l’an dernier le maintien d’un « niveau élevé d’investissement ». C’est en réalité un effondrement de l’investissement auquel nous avons assisté. -14 millions d’euros entre 2012 et 2013. Un véritable renoncement à l’avenir !

Cette année encore, vous nous promettez « le maintien d’une politique dynamique en matière d’investissement »… qui se traduit par une baisse de 8 millions d’euros de ces dépenses par rapport au budget 2013. Il faut donc s’attendre à une nouvelle réduction de l’investissement du Département en 2014, car dans le dictionnaire socialiste le terme « maintien » semble en fait synonyme de « baisse drastique ».

Vous êtes en train de renoncer à l’investissement, qui a baissé de 36% en six ans. Vous ne préparez pas l’avenir du département. Arrêtez de raconter des histoires aux Lot-et-Garonnais !

Ce renoncement à l’investissement, je vous le concède, s’explique en partie par des causes conjoncturelles. Les rentrées fiscales demeurent limitées, et le versement de prestations sociales est en constante augmentation. La santé financière de notre collectivité, à l’instar de beaucoup d’autres, s’avère particulièrement précaire.

Mais pour affronter cette réalité, il faut avoir le courage d’engager les efforts nécessaires susceptibles de générer des marges de manœuvre financières. Ce n’est qu’au prix de ces efforts que le niveau d’investissement de la collectivité pourra être maintenu. Et réellement maintenu !

Comme nous le relevions lors du débat d’orientations budgétaires, aucune mesure d’économies n’est envisagée pour l’année 2014. Aucun effort financier ne sera réalisé par la collectivité. Au contraire, les dépenses de fonctionnement, que vous jugez maîtrisées, augmenteront de plus de 3% par rapport au budget 2013. Comment se satisfaire de cette augmentation perpétuelle quand on demande aux collectivités de réduire leurs dépenses ?

Car cette réduction des dépenses des collectivités apparaît de plus en plus en inéluctable. C’est ce que dit d’abord la Cour des comptes dans son rapport public annuel. Plus de 50 milliards d’euros d’économies devront être réalisés dans les administrations publiques d’ici 2017. Un effort auquel les collectivités devront bien évidemment prendre part, et sûrement une large part.

Et c’est aussi ce que dit à demi voix, le gouvernement. Après avoir réduit les dotations aux collectivités de 4,5 milliards d’euros, nous apprenions la semaine dernière qu’il envisagerait de baisser, bientôt, de 10 milliards d’euros ces dotations ! Et sans compensation cette fois !

Cette annonce intervient d’ailleurs au moment où l’Europe émet de sérieux doutes sur les capacités du gouvernement à réduire les déficits. Ce gouvernement, que vous couvrez d’éloges à chaque occasion, se trouve donc, comme vous, au pied du mur. Comme vous, il manque de courage pour engager les mesures fortes mais nécessaires pour l’avenir de notre pays.

Tout cela me fait dire que votre budget 2014 est à contre sens. A contre sens de notre époque, qui exige des administrations publiques une sobriété accrue. A contre sens de votre propre gouvernement, qui tente d’imposer une rigueur budgétaire de laquelle vous pensez pouvoir vous affranchir. Et à contre sens de l’intérêt des Lot-et-Garonnais, qui finiront par être les victimes de votre numéro d’illusionnisme.

Alors vous allez encore nous dire que ce discours est bien facile dans l’opposition. Qu’il est aisé de s’ériger en parangon d’austérité quand on n’est pas aux manettes. Je vous ai connu particulièrement offensifs dans ce rôle là.

La réalité montre pourtant, mes chers collègues, qu’une autre politique est possible.

Contrairement à ce que vous disiez, certains départements ont contraint leurs dépenses de fonctionnement. La Corse du Sud par exemple, a enregistré une augmentation de 0,7% de ses dépenses de fonctionnement en 2013. L’Eure-et-Loir réduit depuis cinq ans son encours de dette, quand le notre aura progressé de 76 % entre 2008 et 2014. Et pourquoi ne pas suivre l’exemple du Cantal, qui met en œuvre un plan d’optimisation de ses dépenses de fonctionnement, et affiche une baisse de 4,5% sur trois ans.

Monsieur le Président, mes chers collègues. Je crois au volontarisme politique. Je suis convaincu que nous pouvons trouver des sources d’économies. Mais encore faut-il pour cela faire preuve de réalisme, et mettre de côté nos dogmes politiques.

Des économies, je suis convaincu que nous pouvons en réaliser. Dans les charges de personnels qui, comme l’a souligné la Cour des comptes, ont explosé après 2008. Dans la restructuration du fonctionnement et des actions du Conseil général, dont nous devons évaluer la pertinence.

Mais nous savons aussi que notre collectivité sera rapidement amenée à évoluer. Votre position rétrograde sur le conseiller territorial n’a fait que retarder une réforme de grande ampleur des collectivités locales que beaucoup de vos amis voient comme inéluctable.

Malgré votre conservatisme sur ce sujet, le gouvernement ne pourra pas faire l’économie d’une remise à plat de leurs missions. Et nous verrons bien au mois d’avril si les annonces du gouvernement suscitent toujours vos éloges.

C’est donc, pour résumer, d’un manque de volontarisme politique dont souffre notre département comme notre pays. Une carence qui nous met en danger face à la raréfaction de nos ressources financières.

Pendant 30 ans, l’Etat a laissé filer ses déficits, avant que la crise de 2009 ne nous frappe, et impose aux Français de payer la facture. Il en va de même pour notre Département. Chaque année vous laissez grossir une dette que les futures baisses de dotations viendront surcroître. Le moment viendra où il faudra bien payer, et je prédit que c’est aux Lot-et-Garonnais que vous tendrez l’addition.

Monsieur le Président, chers collègues de la majorité. Je serai tenté, à l’instar de la Commission européenne avec vos amis du gouvernement, de mettre les finances du Département sous surveillance renforcée, et de vous inciter à des efforts supplémentaires.

Le temps est venu de conformer vos paroles à vos actes. Faites passer l’avenir du Lot-et-Garonne avant votre avenir politique !

Je souhaite, pour terminer, aborder brièvement le dossier BMS-UPSA, qui revêt une importance capitale pour l’économie lot-et-garonnaise. Une étude, réalisée en seulement trois semaines, vient de démontrer toute l’absurdité d’inscrire le paracétamol au tableau des génériques. Malgré cette démonstration, le gouvernement tergiverse et laisse planer le risque d’un cataclysme économique et social pour l’Agenais certes, mais aussi pour tout le Lot-et-Garonne.

D’autres nuages noirs planent sur notre département. Quid de Métaltemple, de Villeneuve Pet Food, pour ne citer que ceux qui font l’actualité. Hélas, on peut craindre d’autres coups de vent sur notre économie déjà fragile.

Que pèsent alors vos schémas et votre communication ? A vrai dire, au-delà des mots et des images, que pèse aujourd’hui le Conseil général de Lot-et-Garonne.

Photo : © XC-CG47